Alors que les cougars continuent à vivre leur vie - après avoir payé un certain tribu à la chasse hivernale - les ours du Montana sortent d’hibernation. Je suis retourné là-bas début mai. Le temps était encore frisquet, mais la végétation faisait déjà sortir les plantes dont se nourrissent ces animaux, et environ 15 % de leur population avaient émergé de leur long sommeil.
Bref, le temps était venu pour Charlie Jonkel,
directeur de la Great Bear Foundation et pionnier dans la recherche biologique sur ces animaux, de raviver une vieille coutume. Dans des temps plus anciens, la plupart des tribus indiennes célébraient le retour de l’ours dans des cérémonies destinées à honorer cette majestueuse créature, qui prend grand soin de sa petite famille et qui ne pose pas de problèmes aux humains si on le laisse en paix. Le retour de l’ours marquait le retour du printemps, donc de la vie.
Accompagné d’une vingtaine de personnes, Jonkel (photo: The Missoulian) a déterré quelques plantes dont se régalent les ours pour garnir un “wild bear food buffet” destiné aux participants. Ceux-ci ont marché avec lui le long de la Rattlesnake Valley, juste en-dessus de Missoula, qui abrite une vingtaine de tanières. Cette journée a été suivie d’une balade à travers Glacier National Park, au nord du Montana, dans l’espoir de voir les premiers ours reprendre leurs activités.
Charlie Jonkel, a passé sa vie à étudier les ours polaires, les ours noirs (les plus communs) et les très puissants grizzlys, en vue de prendre des mesures de conservation pour leurs populations, notamment en protégeant leur habitat. L’habitat: tout est là en ce qui concerne la survie des espèces sauvages, et pas seulement les plus évoluées, comme les ours et les cougars.
Et en parcourant le Montana en ce mois de mai, j’ai une nouvelle fois été frappé de constater à quel point cet habitat naturel, dans cet Etat pourtant peu peuplé, est grignoté par ses habitants en l’absence de restrictions sur les zones à bâtir. Le moindre village de 500 habitants compte une vingtaine de maisons en son “centre”, et des dizaines d’autres bâtiments (habitations,fermes, garages, commerces) qui s’éparpillent plusieurs kilomètres à la ronde, tellement l’espace à disposition est vaste.
C’était la dixième fois, cette année, que Charlie Jonkel et ses amis organisaient cet “International Multicultural Bear Hororing”. En dépit de quelques (rares) incidents se traduisant par des blessures chez des gens lors de rencontres qui tournent mal, l’ours reste plutôt bien vu par la population dans le Montana. Contrairement aux loups, réintroduits ces vingt dernières années dans certaines région. Selon des sources apparemment fiables, ils se sont reproduits plus vite qu’attendu, et ils seraient aujourd’hui beaucoup plus nombreux que les 1600 individus officiellement recencés par les autorités de cet Etat. Leurs attaques contre le bétail semblent se multiplier. Va-t-on, bientôt, leur déclarer à nouveau la guerre ?
Eh bien voilà. Quelques semaines après la sortie de “Cougar Corridor”, et comme de nombreux auteurs, je suis invité à aller à la rencontre de “mes lecteurs”. Avérés et peut-être futurs.
Je serai donc le 21 avril de 15h30 à 17h au centre commercial Manor à Chavannes-de-Bogy, près de Genève, puis les 24 et 25 de 14h à 15h30 au Salon du livre de Genève. D’autres rendez-vous semblables sont d’ores et déjà programmés pour ces prochains mois, notamment dans des festivals à Bezençon, Reims, et Vienne.
Pour un écrivain, est-ce simplement être de son époque que de se transformer en commis voyageur, en représentant de son propre “produit” ? Ou cela relève-t-il de la déchéance, par rapport à une idée plus ancienne que certains se font encore de “l’art”, qui doit rester “pur” ? Et qui interdirait aux créateurs de succomber aux sirènes de la société marchande ?
En fait, cette question n’a plus guère de sens. Ce n’est pas en signant quelques dizaines d’exemplaires dans un salon que les auteurs s’enrichissent.(Seules une ou deux douzaines d’entre eux, d’ailleurs, gagnent très bien leur vie sur le marché francophone, grâce aux ventes réalisées par des centaines de libraires.) Ce qui compte, c’est la rencontre directe entre les auteurs et les lecteurs, et cette rencontre est jugée précieuse par beaucoup d’écrivains accomplis. J’ai récemment rencontré Douglas Kennedy dans un petit salon du livre à Evian. Il pleuvait fort, il n’y avait pas énormément de monde, quoique beaucoup plus devant sa table que devant la mienne… Mais Kennedy était là, aimable, souriant, dédicaçant son dernier titre ou des plus anciens que les gens lui apportaient.
Aller dans un salon, pour un auteur, c’est aussi faire un peu de relations publiques pour son éditeur, qui se bat de son côté pour donner le maximum de chances à ses livres dans un marché hyper compétitif. Douglas Kennedy et ses différents éditeurs internationaux n’en ont sans doute plus besoin, mais si tout roule désormais pour lui, l’auteur de “Rien ne va plus” estime important d’aller à la rencontre de ses lecteurs, grâce auxquels il existe en tant qu’écrivain.
Ce n’est pas la position de Jonathan Littel, l’auteur des “Bienveillantes”, un chef-d’oeuvre, le livre qui m’a le plus secoué ces dernières années. Interrogé récemment par le New York Times pour savoir s’il allait se rendre aux Etats-Unis pour soutenir la promotion de son livre, assez controversé là-bas, il a répondu que non. “Ce n’est pas mon boulot”, a-t-il précisé en substance, rejoignant ainsi sur leur piédestal les auteurs d’antan qui refusaient de se mêler à la piétaille.
En France, “Les Bienveillantes” a été un super-bestseller, avec plus de 700 000 exemplaires vendus en édition principale. Ce triomphe a permis à Andrew Nurnberg, l’agent de Littel, de vendre les droits de ce pavé pour un million de dollars outre-Atlantique. Jonhatan Littel se serait-il secoué davantage si Gallimard - comme cet éditeur le pensait - n’avait écoulé que quatre ou cinq mille exemplaires de son bouquin ?
A bientôt à Genève et ailleurs!
C’est l’été. J’ai décidé de passer mes vacances dans cet Etat américain grand comme la France, mais peuplé de moins d’un million d’habitants. Je connaissais un peu le Sud-Ouest (Utah, Arizona, Nevada, le Grand Canyon, Monument Valley), mais pas le Nord-Ouest. L’envie de ce roman est déjà suffisamment forte en moi pour me pousser à me rendre sur place et vérifier si les lieux et l’ambiance peuvent m’inspirer.
Trois semaines de voiture, de marche et de camping dans la plus grande partie de l’Etat. Atterrissage à Billings, visite du champ de bataille de Little Big Horn, où le général Custer trouva la mort lors d’une bataille historique contre une coalition de tribus indiennes. Les monts Absaroke, la remontée vers Bozeman, Butte et ses mines abandonnées, puis traversée ouest-est jusqu’à Choteau, là où les grandes plaines du centre des Etats-Unis viennent buter sur le «Front», la première chaîne des Rocheuses.
Randonnée à travers Glacier National Park, nuit passée à la tête d’un lac dans un coin perdu où l’on découvre des déjections d’ours encore tièdes. Ce qui nous vaudra une vague trouille et un sommeil plutôt intermittent… Mais nous n’apercevrons aucun ours. Ni de cougar. D’ailleurs, on ne voit presque jamais de cougars. Même s’ils peuvent parfois se trouver tout près de vous.
La fin du séjour approche et avec Françoise, ma femme, nous faisons étape à Missoula, la mecque des écrivains du Montana (j’y reviendrai). Le soir, attablés chez Zimorino’s, du nom d’un restaurateur italien qui avait été interné entre 1941 et 1945, comme tous les immigrés en provenance des puissances de l’Axe, je dis : «Bon, ben c’est décidé. Je vais l’écrire, ce roman.»
Je suis en effet tombé amoureux du Montana et de sa grande variété de paysages. De ses grands espaces surtout, qui vous font vous sentir plus libre qu’en Europe. J’y trouve des ambiances, des paysages, des personnages, une histoire propres à susciter en moi l’inspiration nécessaire.
Françoise approuve et m’encourage. Elle m’encourage également à finir ma pizza. Faut dire que j’ai insisté pour avoir la version « large », et non pas la «small» ou la «medium». Oublieux des portions américaines, je me retrouve avec une véritable roue de char sur la table.
La preuve, c’est qu’il n’existe que très peu de livres « grand public » à son sujet. Environ une demi-douzaine, tous parus aux Etats-Unis :
Harley Shaw – Souls among Lions – The cougar as a peaceful adversary
Dennis L.Olson – Cougars – solitary spirits
Shadow Cat (collectif)
Kevin Hansen – Cougar, the American Lion
Chris Bolgiano – Mountain lion, an unnatural history of pumas and people
Jo Deurbrouck and Dean Miller – Cat Attacks.
Je les avais bien sûr tous lus pour m’informer sur ces félins et leur univers, et tous contenaient des données précieuses, bien que souvent récurrentes. Mais j’avais rapidement réalisé que des connaissances livresques et quelques jours de vacances dans le Montana ne seraient pas suffisants pour écrire quelque chose de crédible. Il me fallait des expériences, du vécu, des récits de leurs travaux par les personnes qui étudiaient les cougars.

J’ai rendez-vous dans l’Idaho avec Ken Logan, qui travaille au Hornocker Wildlife Institute. Maurice Hornocker passe pour le pionnier de la recherche moderne sur la biologie et le comportement des cougars.
Ken Logan est son digne successeur. Ces dernières années, il a été appelé par les responsables de l’environnement de Californie et du Colorado pour y étudier les cougars, leur habitat, et gérer les risques d’interaction avec la population. Entre temps, il a écrit, avec sa femme Linda Sweanor et Maurice Hornocker, un livre tiré d’une étude réalisée dans le Nouveau- Mexique: Desert Puma : Evolutionary Ecology And Conservation Of An Enduring Carnivore.
Enduring : résistant. L’espèce est présente sur terre depuis plus de trois millions d’années. Lors de la découverte des Etats-Unis, les cougars (également appelés panthères dans l’est, pumas dans le Sud-Ouest, et lions de montagne dans l’Ouest) étaient présents sur tout le continent. Ils furent éradiqués par les pionniers, et n’ont survécu que dans l’Ouest, trouvant refuge dans d’immenses territoires appartenant au gouvernement, où les constructions sont interdites. Il en reste une petite colonie également en Floride, environ quatre-vingt individus, mais qui sont sans doute condamnés à terme par le développement économique et une forte consanguinité.
Depuis l’Idaho, retour à travers la chaîne des Bitterroot Mountains vers le Montana, où j’ai rendez-vous avec un autre spécialiste, Rich DeSimone, qui mène une étude de plusieurs années sur les cougars pour le Département de la pêche, de la faune et des parcs. Je le retrouve à un endroit nommé Clearwater Junction, près de Garnet Range, le massif montagneux où il conduit ses recherches en hiver.
Un peu en amont de la rivière Clearwater, qui se jette juste en dessous dans la Blackfoot, il arrête son pick-up et me montre un endroit où l’eau bouillonne furieusement. C’est là, me dit-il, que Norman McLean, l’auteur de Et au milieu coule une rivière, avait pêché une énorme truite dans les années 50. Dans le film portant le même titre, c’est Robert Redford, incarnant le personnage de McLean, qui se bat avec cette «cutthroat» ou cette «rainbow», de l’eau jusqu’au nombril.
Arrivés sur un sommet de la montagne, d’où l’on voit des forêts à perte de vue, Rich me dit : «Les cougars ont besoin de superficies très importantes pour survivre. Il y en a peut-être une trentaine seulement dans tout cet espace», ajoute-il en balayant l’horizon de la main.
Ken et Rich s’étaient montrés accueillants et m’avaient fourni plein de détails sur les cougars, raconté leurs traques et leurs expériences, toutes choses susceptibles de me faire mieux comprendre le contenu de la littérature que j’avais ingérée. Mais Ken m’avait poussé plus loin.
«Tu devrais t’engager comme volontaire dans une équipe de chercheurs pour bien comprendre le terrain, et mieux connaître les cougars…»
Oui, bien sûr… Mais ça supposait un troisième – et coûteux – voyage dans le Montana.
De retour chez moi, sa proposition m’avait obsédé. En l’absence d’une telle immersion, comment pourrais-je vraiment – comme j’en avais l’intention – décrire le travail de ces biologistes, et surtout exprimer tout ce qu’il y avait apparemment à dire sur les cougars et leur univers pour le transmettre à mes lecteurs? Leur faire partager le côté fascinant que je décèle en eux?
Par E-mail, je demande à Ken s’il voit une possibilité de concrétiser sa proposition. Il me propose d’essayer de rejoindre, l’hiver suivant, l’équipe de sa consœur Toni Ruth, qui effectue dans le Yellowstone une étude sur l’interaction entre les cougars et les loups, suite à la récente réintroduction de ces derniers dans ce parc national.
Il me recommande auprès d’elle, mais Toni me répond de manière dubitative. Elle doit accueillir une équipe de cinéastes qui vont suivre son travail, et ses travaux étant financés par des fonds privés, c’est une priorité pour elle d’accepter ce projet destiné à une chaîne de télévision. L’hiver suivant, peut-être…
Pas question d’attendre plus d’un an. Rich, peut-être ? Nouvel E-mail. Nouvelle résistance. Coup de fil chez lui, à Helena. Il trouve une douzaine de raisons pour dire non sans le dire carrément. Et finalement, il accepte. «Tu as tellement insisté…», m’avouera-t-il plus tard.
Janvier. Back to Montana. Je retrouve Rich à la Clearwater Junction. Il m’a accordé de passer trois jours et deux nuits avec lui et sa petite équipe, formée de Bob Wiesner et Brian Shinn, tous deux propriétaires des chiens indispensables pour traquer des cougars. «Tu as eu beaucoup de chance, me dira Bob. Normalement, Rich refuse même d’emmener sur le terrain ses collègues de bureau qui le lui demandent…»
Rick Bass, l’auteur de The Ninemile Wolves, un récit sur la réintroduction des loups dans une vallée du Montana, s’est heurté aux mêmes difficultés. «J’ai pu discuter, par E-mail et par téléphone, autant que je le voulais avec les spécialistes de ces canidés», écrit-t-il dans son livre. «Mais quand j’ai demandé à David Mech, le plus grand spécialiste américain de l’espèce, et à d’autres: Puis-je venir avec vous ?, cela a été le silence total.»
Comme si ces biologistes ne voulaient pas partager quelque chose de secret, un privilège que ne mérite pas le commun des mortels. Et c’est vrai que la traque d’animaux comme le loup et le cougar, des animaux qui ont une dimension mythique et mystique, vous place dans un état d’esprit particulier, grâce à une sorte de communion unique avec tous les éléments qui constituent leur environnement naturel.
Le premier jour, j’enfourche une des motoneiges avec lesquelles nous partons parcourir la forêt pour tenter de repérer des traces fraîches de cougars. Après deux cents mètres sur un chemin de terre enneigé, Bob, qui me précède, s’apprête à attaquer une forte pente d’au moins cent cinquante mètres. Un mur ! Un tremplin de saut! « Mets pleins gaz et penches-toi bien sur le guidon pour que la machine ne se retourne pas sur toi », hurle-t-il en s’élançant. Oui Bob… Bien Bob… Je me suis bien entraîné durant une heure, la semaine précédente, sur un engin semblable dans les pâturages du Jura, mais là… De gauche à droite sur la photo: Bob, Rich, l’auteur et Brian.
Ouf, ça passe. Et c’est comme une épreuve de vérité. Il est admis dès ce moment-là que je ne serai pas un fardeau pour l’équipe.
Lors de chacun de mes séjours dans le Montana, Missoula, « la ville des écrivains », m’a servi de base opérationnelle. Missoula, son université et son célèbre atelier d’écriture, sa quarantaine d’écrivains publiés, sans compter les dizaines d’autres qui l’espèrent… J’ai lu les œuvres d’une bonne douzaine d’entre eux. Notamment celles de James Welch (L’Hiver dans le sang, Comme des ombres sur la terre), de William Kittredge (j’y reviendrai plus bas), de Rick Bass, qui vit en fait dans la très retirée vallée du Yaak, à la frontière du Montana avec l’Idaho et du Canada, et de James Crumley, l’auteur de polars déjantés comme Fausse piste, Le Dernier baiser ou le Canard siffleur mexicain.
Je n’ai appris que dernièrement que Crumley était décédé en septembre 2008, à l’âge de 68 ans. Son personnage restera indissociable du fameux Charlies’Bar, sur Higgins Street, un des nombreux établissements où l’on boit sec dans cet Etat réputé «alcoolisé». Je connais le Charlies’s Bar, rebaptisé depuis quelques années Dinosaur Café. Et je comprends que Crumley et tant d’autres (écrivains, bûcherons, étudiants, etc.) aient aimé ce lieu vivant et chaleureux. Beaucoup y trouvent le salon accueillant ou l’atmosphère de «home» qu’ils n’ont pas chez eux. Et il y a là-bas quelque chose d’émouvant : les photos en noir et blanc, encadrées, de toute une série de clients (souvent des poivrots) prises par le photographe Lye Nye.
Dans son roman Fausse piste, Crumley écrit ceci au sujet de Nye, en le projetant dans le personnage fictif de Léo, photographe et propriétaire de bar à Merriweather, le nom que l’écrivain utilise pour évoquer Missoula dans son œuvre:
«Son objectif savait débusquer le mystère des vieilles baraques et des mines abandonnées, la poésie des paysages d’hiver, ainsi que la dignité et la fierté sous les traits battus de ses clients. Son œil savait en saisir le courage derrière le rire et le dédain altiers dans ces portraits qui allaient tapisser les murs de son bar, comme pour leur rappeler qui ils avaient été. Pour nous tous, ces portraits représentaient un espoir, la preuve que notre alcoolisme n’était pas de l’alcoolisme mondain. Et les étoiles dorées, dans l’angle de ceux des disparus, brillaient comme des médailles.»
Lors de mon dernier passage à l’ex-Charlie’s, il n’y avait plus beaucoup de ces photos – alignées par dizaines tout au long de la salle - qui n’avaient pas d’étoile, en bas à droite, juste en dessus du cadre…
Un écrivain du Montana aura compté pour moi dans l’aventure de Cougar Corridor : William Kittredge. Ancien directeur de l’école de «creative writing» de l’Université de Missoula, il est l’auteur de plusieurs recueils d’essais magnifiques sur l’Ouest américain : Who owns the West ?, Owning it All , A Hole in the Sky, Taking Care, The Nature of Generosity, etc. (plusieurs d’entre eux ont été traduits en France), dans lesquels il réexamine de manière critique et généreuse la relation que les sociétés modernes entretiennent avec la nature. Il en connaît un bout sur ce sujet : avant de se consacrer à l’écriture, il a dirigé pendant plusieurs années le ranch créé par son grand-père dans la Warner Valley, dans l’Orégon. Et constaté, avec le recul, que l’attitude productiviste et conquérante qui avait caractérisé l’oeuvre de ses ancêtres – et de lui-même – s’était traduite par un désastre écologique.
Je lui avais téléphoné à Missoula, laissant un message sur son répondeur pour lui dire à quel point ses livres m’avaient aidé à mieux comprendre cet Ouest dans lequel je voulais situer mon roman. Il m’avait rappelé depuis le sud des Etats-Unis, où il passait l’hiver, probablement en train d’écrire son seul roman à ce jour, The Willow Field, basé sur sa propre expérience de rancher. J’aurais bien voulu le rencontrer pour discuter plus longuement avec lui.
Dans un autre de ses livres, The Next Rodeo, il se réfère à un un des pères fondateurs de la littérature du Montana, A.B. Guthrie, auteur de The Big Sky, pour expliquer l’importance qu’ont pour lui les histoires, écrites ou racontées. (A travers ce livre),
« j’ai commencé à comprendre que nos vies, si éloignées de tout dans cet arrière-pays de l’Ouest américain, étaient reliées au reste du pays et à l’Histoire. Les histoires, réalisai-je, vous aident à situer votre place dans le monde et vous aident même à croire en l’importance qu’a votre propre vie.”
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