Mon ami Bob Wiesner, qui vit à Missoula, m’envoie régulièrement des messages et des photos qui me gardent en contact avec la nature du Montana, et bien sûr avec les cougars. J’en ai traqué là-bas avec lui voici quelques années, lorsque j’effectuais des recherches pour mon roman Cougar Corridor. Bob est également l’homme à qui le Département de la pêche, de la faune et des parcs du Montana fait appel lorsqu’un ours ou un lion de montagne est signalé à proximité d’une zone d’habitation, et il est alors chargé de les anesthésier pour les déplacer dans une zone éloignée et sauvage, où ils sont relâchés. Dans certains cas, ces animaux doivent être abattus s’il n’y a pas de meilleure alternative. Chaque cas fais l’objet d’une évaluation particulière, et la décision repose sur ce qui est finalement le mieux pour les humains comme pour les animaux. En clair, mieux vaut tuer un ours ou un cougar qui ont tendance à revenir plusieurs fois dans les zones habitées que de prendre le risque de dresser des populations entières contre ces espèces, avec le risque de conséquences négatives pour elles à long terme.
Je regrette parfois de ne pas vivre plus près du Montana pour pouvoir accompagner Bob durant ses sorties dans la nature. En hiver, lorsqu’il ne travaille pas pour le Département de la faune et des parcs, son plaisir est de rechercher des traces fraîches de cougars dans la neige et – avec l’aide de ses chiens – les suivre en vue de forcer ces félins à se réfugier dans un arbre, ce qui lui permet de les admirer à loisir et de les photographier. Je soupçonne que Bob aime aussi sentir les pulsions de l’adrénaline dans ses veines, car il grimpe parfois lui-même aux arbres pour obtenir un meilleur angle ou saisir l’image de l’animal de plus près.
Bob fait aussi parfois des découvertes inattendues dans les montagnes. Récemment, alors qu’il sillonnait les zones de Gold Creek et de Belmont Creek près de la Blackfoot River sur sa motoneige pour tenter de relever des traces de loups, il est tombé sur celles de trois à cinq individus qui avaient couvert environ dix kilomètres sur une route forestière. A un certain moment, des traces d’un gros cougar mâle se mêlaient à celle de ces canidés, allant dans la même direction.
Photo: Orwan Smith
« Arrivé dans un virage », dit Bob, « j’ai aperçu des aigles et des corbeaux festoyant sur la carcasse d’un élan femelle adulte situé à environ 300 mètres en-dessus de la route, sur le flanc de la colline. Ce gros lion mâle avait tué cet élan s’en était nourri pendant plusieurs jours avant d’être chassé des lieux par la meute de loups. »
Un peu plus tard, Bob poursuivit sa route en motoneige et surprit un cougar femelle adulte couché sur le sol alors qu’il ouvrait le portail d’un autre chemin forestier. L’animal tenta de fuir parallèlement au chemin, mais par curiosité, Bob le suivit alors qu’il courait sur une courte distance. Le cougar choisit de se réfugier dans un arbre et Bob en prit plusieurs photos.
Le lendemain, Bob revint sur place en compagnie de deux amis, Don Dodge et Sandra Johnson, tous deux bons connaisseurs des cougars – notamment Sandra, qui leur a consacré un livre. Ils découvrirent alors la carcasse d’une autre victime du félin, en l’occurrence un daim. Et un jeune cougar de moins de vingt kilos qui se sustentait. Bob lâcha ses deux chiens, et les cougars (en raison de leur faible capacité pulmonaire) ne pouvant pas courir sur de longues distances, ce specimen grimpa dans un arbre au bout de deux cents mètres de poursuite. Mais il en sauta bientôt et, encerclé par les chiens, trouva refuge sous un pin couché au sol, où Bob put prendre cette rare photo de Sandra Johnson admirant le félin à une courte distance.
Photo: Bob Wiesner
J’ai eu moi aussi le privilège – grâce à Bob et à ses amis - de pouvoir admirer des cougars dans leur environnement naturel du Montana. Et en voyant cette image, je sens revenir en moi toutes les émotions que peut susciter la vue de cet animal magnifique et secret. Au bout d’un moment, Bob, Sandra et Don se retirèrent avec leurs chiens, et le jeune cougar disparut dans les bois enneigés.
Lorsqu’une meute de loups entre en concurrence avec un cougar pour se nourrir, il arrive souvent qu’elle déplace l’animal tué par le lion de l’endroit où il se trouvait. Les cougars – et même de grands mâles adultes – sont impuissants à intimider et à éloigner un groupe de plusieurs loups. Ce sont eux qui doivent baster. Et cette concurrence a pour conséquence d’obliger les cougars à rechercher et à tuer une nouvelle victime, donc de puiser à un rythme accéléré dans les ressources alimentaires à leur disposition. Les loups et les lions de montagne sont, héréditairement, des ennemis naturels qui s’affrontent constamment pour leur nourriture, leur survie. Un cougar, en revanche, n’aura aucune peine à éliminer un loup isolé, comme on peut le voir sur ce site dans la rubrique « Vidéos ». Un autre ami de Bob, Bryan McCreevy, est tombé un jour sur le cadavre d’un d’entre eux, en partie dévoré par un cougar.

Photo: Bryan McCreevy
Il n’y a pas de relation de cause à effet entre les trois photos de cette histoire, prises à des moments et des endroits différents. Mais on peut les relier mentalement pour comprendre comment loups et cougars interagissent, ou se souvenir à quel point la vie de la nature est naturellement sauvage et impitoyable.
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