J’ai passé récemment deux semaines de vacances en Equateur. Magnifique pays montagneux avec de splendides volcans, population aimable et accueillante, peu de misère criante en comparaison avec certaines régions du Pérou voisin et de la Bolivie. Mais ce pays en développement est en train de perdre une partie importante de sa faune. A commencer par les cougars, qu’on nomme là-bas pumas. Le gouvernement, dans l’optique de développer le tourisme, sa quatrième ressource nationale, a créé plusieurs parcs nationaux. La conséquence positive de cette décision a été de protéger d’importantes surfaces contre une menace rampante: leur grignotage par la construction. Ce phénomène universel est particulièrement marqué dans les zones habitées du pays, où l’absence de zones à bâtir légalement définies se traduit par un essaimage tragique et anarchique des maisons et bâtiments de toutes sortes autour des villes et des villages. Conséquences négatives: la raréfaction de certaines espèces en raison du trafic induit par des milliers de visiteurs dans les zones protégées de ces parcs. Une perte d’habitat pour les cougars, notamment, que les fermiers de ces régions ne voient plus guère.
L’ours à lunettes (tremarctos ornatus), ainsi nommé en raison des taches claires qu’il a autour des yeux, disparaît lui aussi lentement mais sûrement en raison des pressions démographiques qui pèsent sur son habitat.
Une conscience écologique reste à naître dans ce pays qui juge avoir d’autres priorités, à commencer par l’amélioration des conditions de vie de sa population, et qui autorise toujours la chasse de ces plantigrades. L’Equateur manque par ailleurs de ressources pour conduire des études approfondies sur sa faune, sa nature, et leur gestion.
Autre symbole sud-américain de plus en plus symbolique: le majestueux condor. Voici quelques années, un comptage a été effectué pour déterminer leur population. Il a abouti à un nombre d’une cinquantaine d’individus. Aujourd’hui, les condors ne seraient plus qu’une quinzaine, autrement dit au bord de l’extinction. Le gouvernement a décidé de réagir et de lancer un programme destiné à accroître le nombre de ces splendides rapaces, qui jouent évidemment un rôle écologique important en tant que “nettoyeurs” des charognes animales et en éliminant les rongeurs. Il s’agit de faire naître de jeunes condors en captivité et de leur apprendre à voler, à chasser, bref, à vivre une vie normale de faucon sauvage. Terrible défi: plus de 90 % de ces jeunes rapaces meurent avant d’être capables de se débrouiller tout seuls. Dan O’Brien, un rancher et écrivain du Dakota du Sud qui a par ailleurs réintroduit des bisons dans les grandes plaines américaines (Les Bisons du Coeur Brisé), a raconté dans Rites d’Automne sa tentative d’éducation d’un faucon pélerin, une jeune femelle, en l’accompagnant de la frontière canadienne jusqu’au golfe du Mexique, sa route de migration naturelle. L’histoire de Dolly -c’est son nom - se termine mal, mais celle de la réintroduction des faucons pélerins dans les Montagnes Rocheuses à partir de 1965, époque où on ne comptait plus que 20 couples de l’espèce aux Etats-Unis, a été un succès.
L’Equateur commence donc à comprendre que le développement du tourisme doit s’accompagner d’une protection efficace de la nature, car voir un condor voler - j’en ai vus passer à trois mètres de moi au bord de la falaise d’un canyon au Pérou - est une expérience qui marque un voyage et qui ne s’oublie pas. Tout comme de pouvoir observer un ours, ou de voir passer un troupeau de cerfs ou de daims. Le spectacle des animaux dans leur environnement est un puissant moyen de nous relier à la nature.
De nombreuses communautés ont compris que le meilleur moyen de protéger leur nature était - paradoxalement - de leur donner une valeur économique qui profite à leurs habitants via les retombées de la manne touristique, comme au Kenya et en Afrique du Sud avec leurs grands parcs à la faune abondante. Autre paradoxe: des chasseurs, aux Etats-Unis notamment, se sont battus pour préserver des zones naturelles afin de pouvoir continuer à pratiquer leur sport favori, se montrant ainsi plus écolos qu’on se l’imagine parfois.
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