Rendez-vous

Eh bien voilà. Quelques semaines après la sortie de “Cougar Corridor”, et comme de nombreux auteurs, je suis invité à aller à la rencontre de “mes lecteurs”. Avérés et peut-être futurs.

Je serai donc le 21 avril de 15h30 à 17h au centre commercial Manor à Chavannes-de-Bogy, près de Genève, puis les 24 et 25 de 14h à 15h30 au Salon du livre de Genève. D’autres rendez-vous semblables sont d’ores et déjà programmés pour ces prochains mois, notamment dans des festivals à Bezençon, Reims, et Vienne.salon-ge

Pour un écrivain, est-ce simplement être de son époque que de se transformer en commis voyageur, en représentant de son propre “produit” ? Ou cela relève-t-il de la déchéance, par rapport  à une idée plus ancienne que certains se font encore de “l’art”, qui doit rester “pur” ? Et qui interdirait aux créateurs de succomber aux sirènes de la société marchande ?

En fait, cette question n’a plus guère de sens. Ce n’est pas en signant quelques dizaines d’exemplaires dans un salon que les auteurs s’enrichissent.(Seules une ou deux douzaines d’entre eux, d’ailleurs, gagnent très bien leur vie sur le marché francophone, grâce aux ventes réalisées par des centaines de libraires.)  Ce qui compte, c’est la rencontre directe entre les auteurs et les lecteurs, et cette rencontre est jugée précieuse par beaucoup d’écrivains accomplis. J’ai récemment rencontré Douglas Kennedy dans un petit salon du livre à Evian. Il pleuvait fort, il n’y avait pas énormément de monde, quoique beaucoup plus devant sa table que devant la mienne… Mais Kennedy était là, aimable, souriant, dédicaçant son dernier titre ou des plus anciens que les gens lui apportaient.

Aller dans un salon, pour un auteur, c’est aussi faire un peu de relations publiques pour son éditeur, qui se bat de son côté pour donner le maximum de chances à ses livres dans un marché hyper compétitif. Douglas Kennedy et ses différents éditeurs internationaux n’en ont sans doute plus besoin, mais si tout roule désormais pour lui, l’auteur de “Rien ne va plus” estime important d’aller à la rencontre de ses lecteurs, grâce auxquels il existe en tant qu’écrivain.

Ce n’est pas la position de Jonathan Littel, l’auteur des “Bienveillantes”, un chef-d’oeuvre, le livre qui m’a le plus secoué ces dernières années. Interrogé récemment par le New York Times pour savoir s’il allait se rendre aux Etats-Unis pour soutenir la promotion de son livre, assez controversé là-bas, il a répondu que non. “Ce n’est pas mon boulot”, a-t-il précisé en substance, rejoignant ainsi sur leur piédestal les auteurs d’antan qui refusaient de se mêler à la piétaille.

En France, “Les Bienveillantes” a été un super-bestseller, avec plus de 700 000 exemplaires vendus en édition principale. Ce triomphe a permis à Andrew Nurnberg, l’agent de Littel, de vendre les droits de ce pavé pour un million de dollars outre-Atlantique. Jonhatan Littel se serait-il secoué davantage si Gallimard - comme cet éditeur le pensait - n’avait écoulé que quatre ou cinq mille exemplaires de son bouquin ?

A bientôt à Genève et ailleurs!

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