Premier voyage dans le Montana

glacier-012C’est l’été. J’ai décidé de passer mes vacances dans cet Etat américain grand comme la France, mais peuplé de moins d’un million d’habitants. Je connaissais un peu le Sud-Ouest (Utah, Arizona, Nevada, le Grand Canyon, Monument Valley), mais pas le Nord-Ouest. L’envie de ce roman est déjà suffisamment forte en moi pour me pousser à me rendre sur place et vérifier si les lieux et l’ambiance peuvent m’inspirer.

Trois semaines de voiture, de marche et de camping dans la plus grande partie de l’Etat. Atterrissage à Billings, visite du champ de bataille de Little Big Horn, où le général Custer trouva la mort lors d’une bataille historique contre une coalition de tribus indiennes. Les monts Absaroke, la remontée vers Bozeman, Butte et ses mines abandonnées, puis traversée ouest-est jusqu’à Choteau, là où les grandes plaines du centre des Etats-Unis viennent buter sur le «Front», la première chaîne des Rocheuses.

Randonnée à travers Glacier National Park, nuit passée à la tête d’un lac dans un coin perdu où l’on découvre des déjections d’ours encore tièdes. Ce qui nous vaudra une vague trouille et un sommeil plutôt intermittent… Mais nous n’apercevrons aucun ours. Ni de cougar. D’ailleurs, on ne voit presque jamais de cougars. Même s’ils peuvent parfois se trouver tout près de vous.

La fin du séjour approche et avec Françoise, ma femme, nous faisons étape à Missoula, la mecque des écrivains du Montana (j’y reviendrai). Le soir, attablés chez Zimorino’s, du nom d’un restaurateur italien qui avait été interné entre 1941 et 1945, comme tous les immigrés en provenance des puissances de l’Axe, je dis : «Bon, ben c’est décidé. Je vais l’écrire, ce roman.»

Je suis en effet tombé amoureux du Montana et de sa grande variété de paysages. De ses grands espaces surtout, qui vous font vous sentir plus libre qu’en Europe. J’y trouve des ambiances, des paysages, des personnages, une histoire propres à susciter en moi l’inspiration nécessaire.

Françoise approuve et m’encourage. Elle m’encourage également à finir ma pizza. Faut dire que j’ai insisté pour avoir la version « large », et non pas la «small» ou la «medium». Oublieux des portions américaines, je me retrouve avec une véritable roue de char sur la table.

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Le cougar reste un animal méconnu

La preuve, c’est qu’il n’existe que très peu de livres « grand public » à son sujet. Environ une demi-douzaine, tous parus aux Etats-Unis :

Harley Shaw – Souls among Lions – The cougar as a peaceful adversary
Dennis L.Olson – Cougars – solitary spirits
Shadow Cat (collectif)
Kevin Hansen – Cougar, the American Lion
Chris Bolgiano – Mountain lion, an unnatural history of pumas and people
Jo Deurbrouck and Dean Miller – Cat Attacks.

Je les avais bien sûr tous lus pour m’informer sur ces félins et leur univers, et tous contenaient des données précieuses, bien que souvent récurrentes. Mais j’avais rapidement réalisé que des connaissances livresques et quelques jours de vacances dans le Montana ne seraient pas suffisants pour écrire quelque chose de crédible. Il me fallait des expériences, du vécu, des récits de leurs travaux par les personnes qui étudiaient les cougars.

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Retour sur place l’été suivant

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J’ai rendez-vous dans l’Idaho avec Ken Logan, qui travaille au Hornocker  Wildlife Institute. Maurice Hornocker passe pour le pionnier de la recherche moderne sur la biologie et le comportement des cougars.

Ken Logan est son digne successeur. Ces dernières années, il a été appelé par les responsables de l’environnement de Californie et du Colorado pour y étudier les cougars, leur habitat, et gérer les risques d’interaction avec  la population. Entre temps, il a écrit, avec sa femme Linda Sweanor et Maurice Hornocker, un livre tiré d’une étude réalisée dans le Nouveau- Mexique: Desert Puma : Evolutionary Ecology And Conservation Of An Enduring Carnivore.

Enduring : résistant. L’espèce est présente sur terre depuis plus de trois millions d’années. Lors de la découverte des Etats-Unis, les cougars (également appelés panthères dans l’est, pumas dans le Sud-Ouest, et lions de montagne dans l’Ouest) étaient présents sur tout le continent. Ils furent éradiqués par les pionniers, et n’ont survécu que dans l’Ouest, trouvant refuge dans d’immenses territoires appartenant au gouvernement, où les constructions sont interdites. Il en reste une petite colonie également en Floride, environ quatre-vingt individus, mais qui sont sans doute condamnés à terme par le développement économique et une forte consanguinité.

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La truite géante de Norman McLean

garnet_range-500Depuis l’Idaho, retour à travers la chaîne des Bitterroot Mountains vers le Montana, où j’ai rendez-vous avec un autre spécialiste, Rich DeSimone, qui mène une étude de plusieurs années sur les cougars pour le Département de la pêche, de la faune et des parcs. Je le retrouve à un endroit nommé Clearwater Junction, près de Garnet Range, le massif montagneux où il conduit ses recherches en hiver.
Un peu en amont de la rivière Clearwater, qui se jette juste en dessous dans la Blackfoot, il arrête son pick-up et me montre un endroit où l’eau bouillonne furieusement. C’est là, me dit-il, que Norman McLean, l’auteur de Et au milieu coule une rivière, avait pêché une énorme truite dans les années 50. Dans le film portant le même titre, c’est Robert Redford, incarnant le personnage de McLean, qui se bat avec cette «cutthroat» ou cette «rainbow», de l’eau jusqu’au nombril.

Arrivés sur un sommet de la montagne, d’où l’on voit des forêts à perte de vue, Rich me dit : «Les cougars ont besoin de superficies très importantes pour survivre. Il y en a peut-être une trentaine seulement dans tout cet espace», ajoute-il en balayant l’horizon de la main.

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Avec les biologistes sur le terrain

grey-wold2 Ken et Rich s’étaient montrés accueillants et m’avaient fourni plein de détails sur les cougars, raconté leurs traques et leurs expériences,  toutes choses susceptibles de me faire mieux comprendre le contenu de la littérature que j’avais ingérée. Mais Ken m’avait poussé plus loin.

«Tu devrais t’engager comme volontaire dans une équipe de chercheurs pour bien comprendre le terrain, et mieux connaître les cougars…»

Oui, bien sûr… Mais ça supposait un troisième – et coûteux – voyage dans le Montana.

De retour chez moi, sa proposition m’avait obsédé. En l’absence d’une telle immersion, comment pourrais-je vraiment – comme j’en avais l’intention – décrire le travail de ces biologistes, et surtout exprimer tout ce qu’il y avait apparemment à dire sur les cougars et leur univers pour le transmettre à mes lecteurs? Leur faire partager le côté fascinant que je décèle en eux?

Par E-mail, je demande à Ken s’il voit une possibilité de concrétiser sa proposition. Il me propose d’essayer de rejoindre, l’hiver suivant, l’équipe de sa consœur Toni Ruth, qui effectue dans le Yellowstone une étude sur l’interaction entre les cougars et les loups, suite à la récente réintroduction de ces derniers dans ce parc national.

Il me recommande auprès d’elle, mais Toni me répond de  manière dubitative. Elle doit accueillir une équipe de cinéastes qui vont suivre son travail, et ses travaux étant financés par des fonds privés, c’est une priorité pour elle d’accepter ce projet destiné à une chaîne de télévision. L’hiver suivant, peut-être…

Pas question d’attendre plus d’un an. Rich, peut-être ? Nouvel E-mail. Nouvelle résistance. Coup de fil chez lui, à Helena. Il trouve une douzaine de raisons pour dire non sans le dire carrément. Et finalement, il accepte. «Tu as tellement insisté…», m’avouera-t-il plus tard.

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Pleins gaz à motoneige

rich-jpegJanvier. Back to Montana. Je retrouve Rich à la Clearwater Junction. Il m’a accordé de passer trois jours et deux nuits avec lui et sa petite équipe, formée de Bob Wiesner et Brian Shinn, tous deux propriétaires des chiens indispensables pour traquer des cougars. «Tu as eu beaucoup de chance, me dira Bob. Normalement, Rich refuse même d’emmener sur le terrain ses collègues de bureau qui le lui demandent…»
Rick Bass, l’auteur de The Ninemile Wolves, un récit sur la réintroduction des loups dans une vallée du Montana, s’est heurté aux mêmes difficultés. «J’ai pu discuter, par E-mail et par téléphone, autant que je le voulais avec les spécialistes de ces canidés», écrit-t-il dans son livre. «Mais quand j’ai demandé à David Mech, le plus grand spécialiste américain de l’espèce, et à d’autres: Puis-je venir avec vous ?, cela a été le silence total.»

Comme si ces biologistes ne voulaient pas partager quelque chose de secret, un privilège que ne mérite pas le commun des mortels. Et c’est vrai que la traque d’animaux comme le loup et le cougar, des animaux qui ont une dimension mythique et mystique, vous place dans un état d’esprit particulier, grâce à une sorte de communion unique avec tous les éléments qui constituent leur environnement naturel.

Le premier jour, j’enfourche une des motoneiges avec lesquelles nous partons parcourir la forêt pour tenter de repérer des traces fraîches de cougars. Après deux cents mètres sur un chemin de terre enneigé, Bob, qui me précède, s’apprête à attaquer une forte pente d’au moins cent cinquante mètres. Un mur ! Un tremplin de saut! « Mets pleins gaz et penches-toi bien sur le guidon pour que la machine ne se retourne pas sur toi », hurle-t-il en s’élançant. Oui Bob… Bien Bob… Je me suis bien entraîné durant une heure, la semaine précédente, sur un engin semblable dans les pâturages du Jura, mais là… De gauche à droite sur la photo: Bob, Rich, l’auteur et Brian.

Ouf, ça passe. Et c’est comme une épreuve de vérité. Il est admis dès ce moment-là que je ne serai pas un fardeau pour l’équipe.

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Charlies’s Bar, Missoula

images-crumleyLors de chacun de mes séjours dans le Montana, Missoula, « la ville des écrivains », m’a servi de base opérationnelle. Missoula, son université et son célèbre atelier d’écriture, sa quarantaine d’écrivains publiés, sans compter les dizaines d’autres qui l’espèrent… J’ai lu les œuvres d’une bonne douzaine d’entre eux. Notamment celles de James Welch (L’Hiver dans le sang, Comme des ombres sur la terre), de William Kittredge (j’y reviendrai plus bas), de Rick Bass, qui vit en fait dans la très retirée vallée du Yaak, à la frontière du Montana avec l’Idaho et du Canada, et de James Crumley, l’auteur de polars déjantés comme Fausse piste, Le Dernier baiser ou le Canard siffleur mexicain.
Je n’ai appris que dernièrement que Crumley était décédé en septembre 2008, à l’âge de 68 ans. Son personnage restera indissociable du fameux Charlies’Bar, sur Higgins Street, un des nombreux établissements où l’on boit sec dans cet Etat réputé «alcoolisé». Je connais le Charlies’s Bar, rebaptisé depuis quelques années Dinosaur Café. Et je comprends que Crumley et tant d’autres (écrivains, bûcherons, étudiants, etc.) aient aimé ce lieu vivant et chaleureux. Beaucoup y trouvent le salon accueillant ou l’atmosphère de «home» qu’ils n’ont pas chez eux. Et il y a là-bas quelque chose d’émouvant : les photos en noir et blanc, encadrées, de toute une série de clients (souvent des poivrots) prises par le photographe Lye Nye.

Dans son roman Fausse piste, Crumley écrit ceci au sujet de Nye, en le projetant dans le personnage fictif de Léo, photographe et propriétaire de bar à Merriweather, le nom que l’écrivain utilise pour évoquer Missoula dans son œuvre:

«Son objectif savait débusquer le mystère des vieilles baraques et des mines abandonnées, la poésie des paysages d’hiver, ainsi que la dignité et la fierté sous les traits battus de ses clients. Son œil savait en saisir le courage derrière le rire et le dédain altiers dans ces portraits qui allaient tapisser les murs de son bar, comme pour leur rappeler qui ils avaient été. Pour nous tous, ces portraits représentaient  un espoir, la preuve que notre alcoolisme n’était pas de l’alcoolisme mondain. Et les étoiles dorées, dans l’angle de ceux des disparus, brillaient comme des médailles.»

Lors de mon dernier passage à l’ex-Charlie’s, il n’y avait plus beaucoup de ces photos – alignées par dizaines tout au long de la salle - qui n’avaient pas d’étoile, en bas à droite, juste en dessus du cadre…

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William Kittredge et l’Ouest

images-kittredgeUn écrivain du Montana aura compté pour moi dans l’aventure de Cougar Corridor : William Kittredge. Ancien directeur de l’école de «creative writing» de l’Université de Missoula, il est l’auteur de plusieurs recueils d’essais magnifiques sur l’Ouest américain : Who owns the West ?, Owning it All , A Hole in the Sky, Taking Care, The Nature of Generosity, etc. (plusieurs d’entre eux ont été traduits en France), dans lesquels il réexamine de manière critique et généreuse la relation que les sociétés modernes entretiennent avec la nature. Il en connaît un bout sur ce sujet : avant de se consacrer à l’écriture, il a dirigé pendant plusieurs années le ranch créé par son grand-père dans la Warner Valley, dans l’Orégon. Et constaté, avec le recul, que l’attitude productiviste et conquérante qui avait caractérisé l’oeuvre de ses ancêtres – et de lui-même – s’était traduite par un désastre écologique.

Je lui avais téléphoné à Missoula, laissant un message sur son répondeur pour lui dire à quel point ses livres m’avaient aidé à mieux comprendre cet Ouest dans lequel je voulais situer mon roman. Il m’avait rappelé depuis le sud des Etats-Unis, où il passait l’hiver, probablement en train d’écrire son seul roman à ce jour, The Willow Field, basé sur sa propre expérience de rancher. J’aurais bien voulu le rencontrer pour discuter plus longuement avec lui.

Dans un autre de ses livres, The Next Rodeo, il se réfère à un un des pères fondateurs de la littérature du Montana, A.B. Guthrie, auteur de The Big Sky, pour expliquer l’importance qu’ont pour lui les histoires, écrites ou racontées. (A travers ce livre),

« j’ai commencé à comprendre que nos vies, si éloignées de tout dans cet arrière-pays de l’Ouest américain, étaient reliées au reste du pays et à l’Histoire. Les histoires, réalisai-je, vous aident à situer votre place dans le monde et vous aident même à croire en l’importance qu’a votre propre vie.”

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Une dimension indienne

renee-jpeg1Il y a dans Cougar Corridor une dimension indienne qui me tient à cœur et qui justifie dans une large mesure son histoire. C’est parce qu’il reste marqué, aujourd’hui encore, par la perte des terres de ses ancêtres (ainsi que par toutes les horribles conséquences sociales et culturelles que cela a entrainé), que mon héros, Michael Dupuis, est particulièrement sensible à la disparition  de l’espace vital des cougars.

J’ai toujours été fasciné par la vie et le destin des aborigènes américains, décimés par la  conquête des blancs après onze mille ans passés sur le continent. J’ai bien sûr beaucoup lu sur eux, mais dans une démarche d’écrivain comme celle que j’ai adoptée pour écrire Cougar Corridor, cette connaissance-là avait ses limites. D’où mon envie de rencontrer des «Natives». Dans la Flathead Valley, réserve de la Confédération des Salish et Kootenaï, j’ai rencontré Renée Roulier, elle-même descendante (comme Michael Dupuis) d’un grand-père d’origine française, qui avait épousé une Indienne.

Renée travaille pour le Conseil tribal de la réserve en tant que conseillère psychologique. Elle a, parmi ses patients, quelques anciens du Vietnam qui souffrent du fameux «post traumatic stress desorder», que subissent également deux des personnages de mon romanChris et Matt Arlee. Elle m’a présenté à plusieurs de ses amis, dont quelques-uns avaient également combattu au Vietnam. Tous ont été charmants et plein d’attention à mon égard. Ils m’ont éclairé sur un certain nombre de choses relatives à la vie des Indiens d’aujourd’hui dans cette région, à leur culture et à leur histoire. A leurs traditions aussi, qu’ils tentent de faire revivre avec un certain succès.

Il en faudrait bien sûr beaucoup plus que ces discussions pour faire de moi un spécialiste des Indiens. Mais alors que je me méfiais déjà des stéréotypes qui entourent encore trop souvent ceux-ci, les propos de mes interlocuteurs, souvent empreints d’une certaine réserve, m’ont rendu prudent lorsqu’il s’est agit pour moi de façonner la psychologie de Michael Dupuis. Je crois toutefois avoir réussi à inventer un personnage dont le comportement est lié à ses racines, et à faire comprendre – en le justifiant par ma fiction  – le lien particulier qui le rattache aux cougars et à leur sort.

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Face à face avec un cougar

kitten4Me voilà pour la quatrième fois dans le Montana, toujours aussi splendide. Je connais désormais par coeur la route de la Clearwater Junction, où je retrouve Rich DeSimone une nouvelle fois. Deux jours avant, j’ai participé à une traque au cougar avec Bob Wiesner, quelques-uns de ses amis. Pas à des fins scientifiques. Juste pour faire courir un peu les chiens des participants, qui ont apporté leur caméra vidéo. Nous avons pu admirer une femelle et son petit. Pendant un moment, j’ai eu mauvaise conscience de les avoir peut-être stressés un peu…Mais quand je regarde la photo que j’ai prise de ce jeune de quatre mois, tellement craquant, je me souviens qu’il semblait étonnamment serein.

Lorsque Bob et les autres se sont retirés pour remettre leurs chiens dans leurs cages, je suis resté un long moment sous le pin dans lequel la lionne s’étaient réfugiée. Mes amis m’avaient assuré que c’était «safe», et à aucun instant je n’ai eu peur. Après coup, oui. En rentrant en Suisse, j’ai lu un nouvel ouvrage de scientifiques qui racontaient avoir eux aussi admiré un cougar dans les mêmes conditions, «tout en réalisant qu’il pouvait à tout moment sauter de l’arbre et nous tuer tous les deux en quelques secondes… »  Heu…

Toujours est-il que j’ai fait – avant d’écrire la scène – comme mon héros, Michael Dupuis. J’ai parlé à cette femelle comme j’aurais parlé à mon chat. Mes yeux dans ses magnifiques yeux d’ambre, qui me fixaient cinq mètres plus haut. Je me suis excusé pour le dérangement. Je lui ai assuré qu’elle était belle. Et je lui ai souhaité une longue vie.

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